Articles

Vincent Revest, irréductible sonneur breton

Articles - Image d'intro

Par Rémi Creissels / Photo : Antoine Bernard

Bombardes, clarinettes, veuzes et autres instruments traditionnels peuplent l'univers de Vincent Revest. Sonneur breton autodidacte, il perpétue un savoir-faire profondément ancré dans la culture populaire. Entre fêtes, mariages et rassemblements, il défend une musique qui ne se contente pas de préserver le passé, mais continue de vivre et d'évoluer. 

Un sonneur avant tout

Chez Vincent, les instruments sont partout et composent un univers qui témoigne de sa passion pour la musique traditionnelle.

Pourtant, lorsqu'on lui demande s'il se considère comme un musicien, Vincent préfère employer un autre terme, celui de sonneur.

« Un sonneur, quelque part, c'est une sorte de musicien, mais ce n'est pas comme un musicien au sens où tout le monde le comprend. »

Une distinction importante à ses yeux. Là où le musicien possède généralement une formation musicale lui permettant d'aborder différents répertoires, le sonneur remplit avant tout une fonction sociale. Il joue pour les autres, accompagne les rassemblements et participe à la vie collective.

« Mon but, c'est de faire des airs traditionnels pour des gens. Des mariages, des fêtes, des animations de rue… C'est un travail de sonneur. »

Mariages, vins d'honneur, fêtes populaires ou animations de rue constituent ainsi l'essentiel de ses prestations. Seul ou accompagné de son groupe de déambulation, Vincent fait résonner les instruments traditionnels auprès du public.

 

 Vincent Revest avec Mikaël Hautbois et Didier Durassier.

 

Un apprentissage sur le terrain

Contrairement à de nombreux musiciens passés par le conservatoire, Vincent a découvert la pratique instrumentale en autodidacte.

« J'ai acheté ma première bombarde, j'ai commencé à apprendre tout seul. Et puis j'ai eu la chance de pouvoir faire mon service militaire au bagad. »

Sans formation préalable en solfège, il développe progressivement sa technique au contact des autres sonneurs et des partitions nécessaires à la pratique collective.

Ce parcours lui donne aujourd'hui un regard particulier sur la transmission musicale. Il distingue notamment l'apprentissage au sein des bagadoù, principalement orienté vers leur propre répertoire, de celui des écoles de musique, qui proposent une formation plus générale.

« En bagad, on forme des sonneurs de bagad. En école de musique, on forme des musiciens qui peuvent aller un peu partout. »

Une différence qui, selon lui, influence les possibilités d'évolution des élèves et leur ouverture à d'autres pratiques musicales.

 

Vidéo réalisée par Antoine Bernard

 

Des instruments chargés d'histoire

La passion de Vincent ne s'arrête pas à la pratique musicale. Elle s'accompagne d'une véritable curiosité pour l'histoire et la fabrication des instruments.

Dans sa collection, chaque instrument possède ses particularités. Le choix du bois, la forme de la perce ou encore le type d'anche influencent le timbre, la puissance et les sensations du musicien.

Vincent évoque notamment l'utilisation ancienne des bois locaux, comme le poirier ou le cormier, avant l'arrivée de bois exotiques tels que l'ébène, favorisée par le développement des échanges commerciaux.

Il présente également la veuze, une cornemuse traditionnelle au son plus grave que celui du biniou breton. Cet instrument, conservé notamment dans le sud de la Bretagne et les régions voisines, appartient à la grande famille des cornemuses européennes.

Autre instrument incontournable, la clarinette s'est elle aussi fait une place dans les traditions musicales bretonnes. Les sonneurs ont adapté leur manière d'en jouer, notamment en privilégiant un registre aigu et des sonorités puissantes, capables de se faire entendre au milieu des rassemblements populaires.

Au fil des démonstrations, Vincent fait également découvrir d'autres instruments moins connus, comme le taragot ou l'olifant, révélant toute la diversité de son univers musical.

Une veuze / Photo : Antoine Bernard

 

Un métier au cœur des fêtes populaires

Être sonneur ne consiste pas simplement à interpréter des morceaux anciens.

Dans la tradition bretonne, les sonneurs occupent une place importante dans la vie des communautés. Ils accompagnent les mariages, les fêtes, les danses et les événements qui rythment la vie des habitants.

C'est cette fonction que Vincent continue de défendre aujourd'hui.

« Sonneur, à la base, comme son nom l'indique, ça sonne. C'est-à-dire que ça fait du bruit, comme une cloche ! »

Derrière cette définition pleine d'humour se cache une réalité. Les instruments traditionnels ont été conçus et utilisés pour se faire entendre lors de rassemblements, parfois au milieu de foules importantes.

Vincent explique également les difficultés rencontrées par les musiciens lorsqu'ils jouent en formation, notamment au sein des bagadoù. Entre la puissance des bombardes, celle des cornemuses et le rythme imposé par les caisses claires, parvenir à jouer ensemble lors d'un défilé demande une véritable maîtrise collective.

« C'est toujours très difficile de défiler en bagad. Tout le monde ne s'entend pas très bien. »

La disposition des instruments devient alors essentielle pour permettre aux musiciens de rester synchronisés.

 

Hautbois en buis / Photo : Antoine Bernard

 

La tradition n'est pas un musée

Pour Vincent, la musique traditionnelle n'est pas une reproduction immuable du passé.

Il établit une distinction entre le folklore, qu'il associe aux pratiques qui ne sont plus vivantes, et la tradition, qui demeure vivante parce qu'elle continue d'être pratiquée et transformée.

« On va plutôt parler de folklore pour quelque chose qui est mort, et de tradition pour quelque chose qui continue à vivre. »

Les mélodies transmises de génération en génération ont toujours connu des variantes. Chaque interprète peut y apporter sa sensibilité, sa manière de jouer et parfois même de nouvelles paroles.

Vincent lui-même s'est essayé à l'écriture de chansons, notamment sur des sujets contemporains comme les marées noires. Une manière de montrer qu'un air traditionnel peut aussi servir à raconter le monde d'aujourd'hui.

Il rappelle également que certaines coutumes ont naturellement disparu avec le temps. Autrefois, par exemple, il était d'usage de chanter des airs destinés à faire pleurer la mariée en lui rappelant qu'elle quittait sa vie de jeune fille pour entrer dans une existence plus difficile.

Des usages qui ne correspondent plus nécessairement à la société actuelle, mais qui témoignent de la manière dont la musique accompagnait les différentes étapes de la vie.

Pour Vincent, préserver une tradition ne signifie donc pas reproduire systématiquement les pratiques d'autrefois. Il s'agit aussi de les adapter et de les faire évoluer.

Cette philosophie, il la résume en évoquant une formule bien connue.

« La tradition, c'est l'entretien du feu, plus que la vénération des cendres. »

Une citation qui illustre parfaitement sa vision d'un patrimoine vivant, destiné à être transmis, mais aussi à évoluer avec son époque.

 

Vincent Revest et Rémi Creissels / Photo : Antoine Bernard

 

Faites appel à Vincent

Vous souhaitez faire découvrir la musique traditionnelle bretonne lors d'un mariage, d'une fête ou d'un événement culturel ?

Retrouvez Vincent Revest et son groupe Tchok, qui proposent des animations musicales pour faire vivre les traditions bretonnes dans une ambiance festive et conviviale.

Découvrez le groupe et ses activités sur son site internet.

https://tchok.kazeo.com/

 

 

Retour à la liste des articles